La semaine (cauchemardesque) de Vladimir Poutine

En scrutant à la loupe l’agenda des grands leaders, on en apprend beaucoup. Avant Xi Jinping, Donald Trump ou Narendra Modi, revenons sur la semaine qu’a vécue le président russe en ce début de printemps : horrible, entre l’attentat de Saint-Pétersbourg et l’attaque américaine en Syrie.

 

Lundi 3 avril

Tout avait si bien commencé. Vladimir Poutine reçoit en grande pompe, à Saint-Pétersbourg, le président biélorusse Alexandre Loukachenko. Les deux hommes enterrent la hache de guerre après des mois de brouilles. Le Kremlin reprochait au dictateur de se montrer trop accommodant avec l’Europe décadente. Minsk avait par exemple autorisé les citoyens européens à se rendre en Biélorussie sans visa. Or Vladimir Poutine a un autre projet pour le petit frère slave. Il veut qu’il participe à l’Union économique eurasiatique, la structure concurrente de l’UE qu’il a créée avec quelques anciennes républiques soviétiques. Il a donc convoqué son homologue. Devant les caméras, les deux hommes se félicitent des « concessions réciproques » et promettent de « consolider leur lien ». Mais soudain, on comprend quel est leur intérêt commun. Loukachenko martèle : « nous voulons sauvegarder la stabilité en Russie et en Biélorussie, car il ne reste plus beaucoup d’endroits calmes et paisibles sur la planète »… Les deux présidents ont de quoi être inquiets. Depuis quelques semaines, la Biélorussie est agitée par une contestation sociale inédite. Quant à la Russie, elle vient de vivre sa plus grande journée de manifestations depuis cinq ans, emmenée par l’avocat anti-corruption Alexeï Navalny. Il faut bien se serrer les coudes.

Mais rien ne se passe comme prévu. Alors qu’il discute gaz, pétrole et agriculture avec son homologue, Vladimir Poutine apprend qu’un attentat vient de frapper le métro du centre de Saint-Pétersbourg. Il y a 11 morts et plusieurs dizaines de blessés. C’est la première fois que l’ancienne capitale impériale est la cible des terroristes, le jour même de la visite de Poutine dans sa ville natale. Quelques heures plus tard, le président russe va rendre hommage aux victimes. Oubliée la Biélorussie. C’est l’engagement de la Russie en Syrie qui revient à la figure du président.

Durant la nuit, Donald Trump appelle Vladimir Poutine pour lui exprimer ses condoléances et réaffirmer qu’il faut combattre ensemble le terrorisme. Tout à fait d’accord ! Si Trump pouvait, en plus, lever les sanctions américaines contre la Russie…

Mardi 4 avril

Retour à Moscou, avec deux urgences à gérer. Tout d’abord, écraser la dissidence : comment réagir habilement aux grandes manifestations anti-corruption d’il y a 10 jours ? Euréka ! Démettre un responsable convaincu de corruption, histoire de montrer qu’on lutte aussi contre ce fléau russe. Aujourd’hui, c’est au tour d’Alexandre Soloviev, gouverneur de l’Oudmourtie, dans le bassin de la Volga, qui est accusé de recevoir des pots de vin. Le communiqué est cinglant : le notable a perdu la confiance du président. On l’arrête le jour même et on l’amène à Moscou.

Deuxième tâche du jour : recevoir les condoléances du monde entier pour l’attentat de la veille. Bref, une journée au téléphone. Il faut tâcher d’être aimable avec les ennemis européens Hollande et Merkel, qui en profitent pour lui parler de la guerre qui se poursuit en Ukraine. Mais aussi discuter avec Erdogan, le premier Ministre japonais, le roi d’Arabie Saoudite…

Mercredi 5 avril

13h. Rencontre des services secrets de plusieurs pays de l’ex-URSS au Kremlin. Une réunion qui tombe à pic après l’attentat de Saint-Pétersbourg.

16. 20h. Déclaration commune avec le nouveau président ouzbek Chavkat Mirziyoev, lors de sa première visite d’Etat en Russie. Là encore, Poutine fait d’une pierre deux coups : consolider son influence sur les anciennes républiques soviétiques et parler des nouveaux foyers de tension islamistes de cette région proche de l’Afghanistan.

18h. Visite au musée Pouchkine à Moscou, toujours avec le président ouzbek, à l’inauguration d’une exposition d’art… ouzbek.

Jeudi 6 avril

14. 15h. Le président reçoit Alexandre Evstifeev et lui propose de prendre la tête de la république russe des Maris, sur la Volga. Ce dernier accepte avec gratitude. Le nouveau gouverneur est un protégé de Sergueï Kirienko, un ancien premier ministre des années 1990 revenu fin 2016 dans l’administration présidentielle et partisan d’une ouverture du régime. Les grandes manœuvres en vue des prochaines présidentielles de 2018 se poursuivent.

Encore quelques conversations téléphoniques internationales, avec le premier ministre indien Modi ou Benjamin Netanyahou. Vladimir Poutine en profite pour discuter de la Syrie. Deux jours après l’attaque à l’arme chimique perpétrée dans la province d’Idlib, la communauté internationale accuse le régime de Damas. Parrain de Bachar el Assad, Moscou critique les « accusations sans fondement ». Il va encore falloir bloquer une résolution des Nations-Unies.

Vendredi 7 avril

Rien ne va plus. Les Etats-Unis ont lancé une attaque sur l’allié syrien. Même si Vladimir Poutine est irrité par les mauvaises manières d’Assad, utilisant des armes chimiques qu’il n’était plus censé détenir, il est humilié. Depuis fin 2015, la Russie prétend tenir le ciel syrien, avec ses batteries antiaériennes S-300 et S-400. Cela n’a pas empêché les Etats-Unis d’envoyer 59 missiles Tomahawk s’abattre sur une base syrienne. Vladimir Poutine fait parler son service de presse, sans fioritures : « les frappes américaines en Syrie constituent une agression contre un Etat souverain en violation des normes du droit international » ; « l’armée syrienne ne dispose pas de réserves d’armes chimiques » ; « V. Poutine voit dans les frappes américaines en Syrie une tentative pour détourner l’attention de la communauté internationale des innombrables victimes civiles en Irak », etc. Trump a trahi la Russie. Elle qui avait mis tant d’espoirs en lui.

Dans l’après-midi, réunion du Conseil de sécurité intérieure, histoire de montrer qu’on réagit.

Samedi 8 avril

Un week end de repos. Un petit message de condoléance à la famille d’un cosmonaute russe, rédigé par les services ad hoc, c’est tout.

Dimanche 9 avril

Il faut reprendre la main. Dans l’après-midi, longue discussion avec l’autre parrain de Bachar el Assad, le président iranien Rohani. Au moins, ils sont deux à condamner les frappes américaines.

Terrorisme à l’intérieur, humiliation à l’extérieur. Sale semaine.

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